Projet :

ambassade de France à Pékin

© ADAGP-photographe Noëlle Hoeppe


© ADAGP-photographe Noëlle Hoeppe

Description :

Architecture bioclimatique

Nous sommes à Pékin dans une culture imprégnée de Feng Shui, une manière d'assurer la qualité d'un environnement, un art de l'eau et de l'air qui vise à procurer un équilibre, « une circulation harmonieuse des énergies ». La première préoccupation sera celle de l'orientation. Si l'on parle aujourd'hui de démarche bioclimatique, c'est que l'attention à l'environnement a retrouvé une place qui était la sienne dans une culture séculaire. Ce propos peut sembler paradoxal mais ici, culture et technique contemporaine se rejoignent pour assurer aux futurs utilisateurs une réponse satisfaisante aux « besoins permanents des cinq sens ».
Une démarche architecturale.
L'attitude bioclimatique, consiste dans la prise en compte des conditions locales de construction. Par nature, c'est le contraire d'une « architecture internationale ». On est en droit d'en attendre quelques surprises. De tout temps, l'architecture s'est inspirée du règne végétal plus que du règne animal, ce qui peut paraître normal, la mobilité n'étant pas le propre de la construction traditionnelle. Pourtant, la magie de l'adaptation au milieu s'y trouve tout autant, en termes de structure comme en termes d'enveloppe.
Ce préambule me sert à introduire un propos sur l'architecture bioclimatique qui pourrait trouver son origine dans un geste, celui d'un thermicien qui avec ses mains ouvertes, puis fermées, expliquait comment la fourrure de ce petit animal devenait tantôt noire, tantôt blanche et représentait pour lui l'idéal de l'adaptation aux variations climatiques saisonnières: blanc l'été, noir l'hiver. On se protège ou on capte le rayonnement solaire. Une véritable esthétique est en perspective. Qu'est-ce que l'architecture peut en faire ?
Il s'agit de passer d'un fonctionnalisme essentiel mais insuffisant à une attitude plus spécifiquement holistique. Ne pas s'intéresser uniquement aux économies d'énergies pour importantes qu'elles soient mais à l'ensemble d'une construction. C'est donc une connivence avec le soleil, le vent, le sable et la poussière qui a été instaurée. C'est le choix des matériaux et leur provenance locale. C'est l'attention portée à toutes les menuiseries et aux vitrages pour assurer la meilleure étanchéité à l'air et une bonne protection solaire. L'orientation est non seulement une source d'inspiration esthétique mais dès l'origine, un choix de localisation. La résidence est entièrement orientée au sud et sera baignée des rayons du soleil, de l'hiver tout en étant protégée l'été par les stores, et par la galerie dont la partie haute des vitrages est sérigraphiée. Elle constitue un véritable tampon thermique.
De même, la façade nord de la tour drapée d'un vitrage sérigraphié est ventilée naturellement l'été et bénéficie d'une protection thermique l'hiver lorsque les vantelles hautes et basses dont elle est équipée sont fermées.
L'organisation générale et les percements permettent d'assurer en tout point une ventilation naturelle qui peut être accélérée par la disposition architecturale des salles de réunions qui sont rythmées par des puits qui constituent de véritables cheminées. La résidence peut également bénéficier du patio des « métaphores » pour assurer une ventilation naturelle efficace.
Ainsi, le chauffage urbain dont bénéficie l'édifice nous a conduits à agir sur la qualité des isolations des vitrages et des menuiseries pour assurer les économies d'énergies attendues.
De même, le choix des matériaux a fait l'objet d'une attention environnementale, la pierre, le bois, le caoutchouc constituent les principales composantes. Le traitement des serres relève de la même attitude, véritable mur de Trombe, la chaleur accumulée le jour sur une paroi en schiste noir sera restituée la nuit pour assurer un chauffage naturel avec la possibilité d'un appoint en chauffage urbain.
Du sud à l'ouest, les brises soleils passent de l'horizontale à l'oblique pour constituer une enveloppe efficace afin de se protéger du rayonnement solaire aux heures chaudes de la journée. C'est la préoccupation fonctionnelle qui est à l'origine d'une proposition dont la mise en forme est entièrement guidée par le confort intérieur. L'attitude bioclimatique se retrouve à chaque détour du projet, elle entretient un rapport dialectique avec l'élaboration formelle qui devient invention technique. La finesse de la structure du drapé comme l'agrafage desverres sont là pour attester de la présence technique qui nourrit l'architecture sans en définir l'écriture qui reste culturelle.
Le soleil se lève à l'est pour envahir les salles de réunions et faire vibrer les ondes mordorées du drapé. Les bâtiments enserrent un jardin central qui participe à l'équilibre de l'ensemble en devenant à son tour un régulateur thermique.
Quelques pas à l'ombre des arbres de hautes tiges qui auraient dû être des tilleuls. Le gingko biloba de l'ancienne résidence à son tour joue le rôle d'un témoin de l'histoire et de l'attention à la nature.

Alain SARFATI

Une représentation française

Pour territoire, un jardin intérieur. Pour demeure, un bâtiment développé au carré et tout autour des franges aménagées en parvis, cour de service, douve et allée engazonnées. Notre ambassade à Pékin est un pré carré, au propre comme au figuré.
Aimablement plantée, cette enclave française est protégée par une enceinte plus symbolique que véritablement défensive, presque décorative, par respect pour la ville et les passants, nombreux, qui fréquentent le troisième quartier diplomatique de la capitale chinoise. Troisième dans le temps - les ambassades s'y installent actuellement, délaissant leurs précédentes implantations - et troisième dans l'espace, par la distance au centre et une situation proche du troisième boulevard périphérique, à Liangmaqiao, sur la route de l'aéroport. Postée à l'entrée du quartier, l'ambassade de France en est la vigie.
Clos concentrique, notre ambassade est une construction doublée de vides qui démultiplie les lieux. A l'instar de la Cité interdite, c'est un sanctuaire ouvert aux parcours divers. Qu'elle soit l'œuvre d'un architecte passionnément français, natif de Meknès au Maroc, n'est pas étranger à la forme donnée, au propos tenu. Elle est née de la rencontre et du dialogue. L'attention portée au contexte - et à l'autre - s'assortit d'une haute idée de la fonction de représentation, fortifiée des valeurs universelles de la culture française. Le programme fonctionnel y est déroulé dans une logique toute cartésienne, organisant les parties autour du jardin intérieur pour former un tout. L'esprit français l'habille d'une certaine fantaisie, joignant l'élégance à la mesure.
Chancellerie, consulat et résidence en constituent les trois côtés. Le quatrième est ponctué de serres, salles d'exposition ou jardins d'hiver selon les saisons et les besoins. La résidence coiffe les salons de réception et la chancellerie les salles de réunions, tous de plain-pied sur le jardin. Ce morceau de nature au centre de l'ouvrage est établi sur deux niveaux pour faire la part des officiels et des personnels qui y ont accès. Chancellerie et consulat s'articulent sur la tour des services érigée à l'angle de l'avenue Liangmaqiao. De taille modeste au regard de ses voisins chinois, elle n'en constitue pas moins un signal remarquable, d'autant plus fort que la trame des pare- soleil inclinée selon l'orientation en gomme les niveaux. Echelle brouillée, elle se dresse énigmatique sur l'angle et retombe sur sa face intérieure dans un voile nuageux de verre sérigraphié estompant les vis-à-vis. Deux accès balisent la longueur du parvis, distinguant deux entrées, l'une protocolaire dans l'axe des salons, l'autre plus familière au pied des services, dans la continuité du rez-de-chaussée. Lieux singuliers, ambiances variées et prestations harmonisées de bout en bout. Et de partout, la vue sur le jardin, ce paysage intérieur aménagé sous le ciel de Pékin.
Notre ambassade est représentation. Figure française sur le sol chinois, elle emprunte aux deux univers. Les références abondent, suggérant sources d'inspiration et comparaisons. Il serait vain de compter les points. Palais royal ou forteresse paysanne Hakka ? Jardin à la française ou cour chinoise ? Ordre cartésien ou forme symbolique ? A chacun de décrypter. Plus qu'un programme de bureaux assorti d'une résidence plus ou moins folklorique mêlant caractères nationaux et marques de standing international, l'ambassade est un ensemble cohérent, conforme au vœu du ministère des Affaires étrangères qui s'emploie, depuis Berlin, à regrouper tout son monde sur un seul lieu, bâtiment ou campus, signifiant, représentatif et vivant. Le carré français de Pékin est un lieu d'identité ouvert sur le monde.
François Lamarre

LES JARDINS

Les jardins de la nouvelle ambassade proposent des lieux de vie, de contemplation et d'expression de la culture française. Le projet décline des atmosphères végétales contrastées et recompose des fragments du paysage français.
Le jardin central avec son tapis vert et l'ordonnancement des arbres en alignements nous rappelle les jardins du palais Royal et constitue un espace dédié aux réceptions. Des plissements de graminées animent la pelouse centrale et créent une vibration colorée qui reflète la lumière du ciel et évoque les champs de fleurs.
En fond de scène le jardin des sous-bois est composé d'une promenade en boucle autour de trois clairières qui offrent différents points de vue sur le mur d'eau et le bassin. Dans cet espace vallonné des tapis de fougères et le rythme des arbres majestueux créent des effets de filtres et des jeux de lumières, faisant référence au paysage de nos forêts. Le jardin des lisières animées par une végétation fleurie et des feuillages colorés abrite des espaces plus intimistes.

Florence MERCIER



Maître d'ouvrage:
République Française - Ministère des Affaires Etrangères
Agence:
SAREA ALAIN SARFATI ARCHITECTURE
Architectes chef de projet :
Christian Laquerrière, Ovidiu Milea et Cristiana Milea
Architectes assistants :
Ewina Chau, Jitka Darras
Maître d'oeuvre technique :
SECHAUD ET BOSSUYT filiale du GROUPE GINGER
Paysagiste :
Florence MERCIER
Localisation:
60 Tianze lu - Chaoyang Distric - Pékin
 
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